Pas de procès tant qu'il n'y a pas d'accès handicapé
Un avocat en chaise roulante a menacé de faire ajourner le procès du "gang des barbares" parce qu'il ne pouvait pas arriver aux salles d'audience, faute d'accès handicapé.
Paraplégique, l’avocat d’un des principaux accusés dans l'affaire du "gang des barbares n’a pas hésité à agiter la menace d'un ajournement pour arriver à ses fins et rendre la cour d’assises de Créteil accessible aux handicapés. Et la stratégie a été payante.
"Ce que je réclamais depuis 15 ans, je l’ai obtenu en 15 jours", sourit Me Jean-François Blay, qui défendra un des lieutenants présumés de Youssouf Fofana lors du procès ouvert lundi.
Installée à l’entrée de la cour, une rampe lui permet désormais d’accéder à la salle des débats où un couloir a été aménagé pour faciliter son arrivée près du box. Ce sexagénaire avait déjà plaidé dans cette salle mais, pour y accéder, il n’avait d’autre choix que de se faire porter par des pompiers.
"Quand on dit que la France est la patrie des droits de l’Homme et qu’on voit comment on traite certaines personnes...", cingle-t-il. "Ce n’était plus possible, c’est une question de la dignité de la personne", fait valoir le tout nouveau président du tribunal, Gilles Rosati, qui a donné le feu vert à ces travaux tout en admettant que "le procès des Barbares a donné un gros coup d’accélérateur".
Petite victoire d'un long combat
Paraplégique depuis 15 ans, Me Blay savoure cette petite victoire mais sait que le combat est encore long. "Le métier d’avocat est déjà difficile, mais ça relève de l’exploit pour l’exercer quand on est handicapé", souligne cette figure du Palais de justice de Créteil, grand amateur de chapeaux et de cigarillos.
Entre les commissariats, les prisons et les tribunaux, les déplacements sont monnaie courante et les obstacles innombrables pour un pénaliste en chaise roulante : escaliers dépourvus de rampe, parloirs trop étroits.
Dans la prison de Fleury-Mérogis, Me Blay est ainsi contraint de s’entretenir avec ses clients dans le "salon des mariages", le seul lieu à même d’accueillir sa chaise roulante quand il n’est pas occupé pour une cérémonie.
"Les gens ne se rendent pas compte des efforts auxquels on est astreint. Avant d’accepter un dossier, il faut penser aux difficultés qu’on va pouvoir rencontrer", dit-il, reconnaissant toutefois un changement profond dans les bâtiments récemment construits.
La posture du combattant
A-t-il songé à jeter l’éponge ? "Quand on est handicapé, on a tendance à vouloir montrer qu’on peut en faire autant que les autres", rétorque-t-il.
Me Blay a plutôt choisi la posture de combattant. Fin 2008, il avait fait annuler plusieurs procédures de comparution immédiate en faisant valoir que le dépôt du tribunal de Créteil ne respectait ni les règles d’hygiène ni celles sur l’accessibililité des personnes handicapées.
Un million d’euros a été depuis débloqué pour mettre le lieu aux normes, mais les travaux ont été repoussés en attendant... la fin du procès du "Gang des barbares".
Sur sa lancée, l’avocat avait écrit à la présidence de la République pour l’alerter sur l’accessibilité des handicapés. On lui a répondu que l’obligation légale de mise au norme des bâtiments publics ne s’imposait qu’à partir de 2015.
Fin connaisseur de la procédure pénale, Me Blay n’en restera pas là mais, comme toujours, son combat s’arrêtera à l’entrée de la salle d’audience. "Je n’ai jamais joué de ça dans un procès. Tout ce qui m’importe alors, c’est la compétence professionnelle", tranche-t-il.
source : http://www.24heures.ch